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Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

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Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

Message par Tanja Patte Blanche le Mar 1 Mar - 13:55

Bon...je mets l'histoire de mon personnage pour qu'elle y soit, après s'il faut la modifier si certains trucs ne collent pas, je le ferais Smile
Pour cela j'attends les avis des experts ! Bonne lecture Smile

Préface :
De la neige. Partout, qui tombait du ciel pour s’étendre sur le manteau blanc qui recouvrait en permanence le sol, et qui coiffait d’un bonnet blanc l’enfant qui tirait la langue en tournant sur elle-même, dans l’espoir qu’un flocon tombe dessus. Après tout, quel goût a la neige hein ?

     - Maman, j’ai réussi à en attraper un ! s’écria joyeusement la fillette, âgée de trois ans. C’est froid ! Et ça fond troooop vite !

La mère sourit tendrement, amusée par la découverte de sa petite fille. La couvant d’un tendre regard, elle continua de s’affairer à préparer le camp, tandis que son mari, accompagné de leur trois fils, étaient partis chercher du bois et du gibier.

     - Maman maman ! Regarde, j’ai fais un ange dans la neige !
     - Il est magnifique ma chérie. Pourrais-tu m’aider à installer les couches ?

Délaissant la silhouette qu’elle venait de faire en s’allongeant dans la neige, l’enfant couru rejoindre sa mère et l’aida à mettre les couches en place pour la  nuit. Peu de temps après, les hommes de la famille revinrent, les bras chargés de branches et de viande.

     - Mikaï ! s’écria la petite en se jetant sur le plus grand de ses frères. Regarde mon ange ! Elle l’entraina vers ce dernier, toute fière.
     - Il est splendide, la félicita son frère, amusé. Regarde, je vais en faire un aussi, comme ça, il veillera sur le tiens.
     - Oh oui ! Comme toi qui veille sur moi !

Tandis que son frère s’allongeait pour faire un ange plus grand, l’enfant relia les deux silhouettes par un trait. Après lui avoir ébouriffé les cheveux, chassant la neige qui s’y était accumulée, l’aîné entraina sa cadette auprès du feu de camp, pour le repas.

     - Dis maman, on reviendra voir Gansi ? Il a dit qu’il me montrera sa prochaine découverte !
     - On ne parle pas la bouche pleine, la gronda gentiment son père. Oui nous reviendrons. Sans doute l’année prochaine quant il sera à nouveau à la Pointe du Havre.
     - Chouette alors ! Mais il fait quoi avec les Erudits ? Et c’est quoi le Prieuré ?
     - Il explore le monde, et reste avec eux par sécurité et parce que le Prieuré est spécialisé dans la recherche, expliqua en gros son père.

Le repas se poursuivit dans la joie et la bonne humeur, le tout ponctué par des histoires racontées par les hommes.

     - Aller, tout le monde au lit, il nous reste encore de la route à faire pour atteindre Balddistead.

Une fois les enfants couchés, les parents discutèrent du chemin à prendre le lendemain.

     - Nous pourrions prendre un raccourci en passant par le Baroud d’honneur de Heimdhal, qui passe entre la Mine de Dissun et Kapellenburg.
     - Mhhh pourquoi pas, mais il faudra camper avant d’arriver à la Faille de la Tribulation. Des draguerres rôdent dans les parages.
     - Je sais, s’étira la mère. Nous préviendrons les enfants pour qu’ils ne s’éloignent pas trop. Allons nous coucher.

La nuit passa, paisible, seulement troublée par le bruit des animaux et des insectes nocturnes, qui restèrent à distance du campement grâce au feu de camp bien alimenté et à la surveillance du chien de la famille.

Chapitre I :
La famille plia le camp et reprit la route le lendemain matin après avoir pris une bonne collation. Fidèle à elle-même, la fillette jouait avec le chien, sans trop s’éloigner pour autant. Le soir venu, Mikaï parti en éclaireur, et revint informer son père que la Faille semblait calme et se trouvait à une distance raisonnable. Aussi le camp fut-il dressé pour la nuit. Durant celle-ci, la neige se mit à tomber doucement, en continu.
Au réveil, les parents indiquèrent aux enfants de ne pas trop s’éloigner, puis tout le monde se mit en route. Arrivée à mi-journée, ils furent proches de la Faille. Tandis que le père et l’aîné partaient en éclaireurs, la cadette se mit à jouer avec le chien.


     - Ne t’éloigne pas trop, lui dit sa mère. La neige ne semble pas vouloir se calmer, bien au contraire.
     - Oui maman, répondit-elle, sans vraiment l’avoir écouté, trop occupée à jouer.

De ce fait, les chutes de neiges tendaient à vouloir se transformer en bourrasques avec le vent. La visibilité se réduisit rapidement, et bientôt, l’enfant ne vit plus ni sa famille ni son chien.

     - Pasko, revient, cria la petite. Maman, papa…

Regardant autour d’elle, l’enfant se rendit compte qu’elle ne savait plus où elle était ni de quelle direction elle venait. La peur commençant à germer dans le creux de son ventre, elle continua d’appeler, en vain. Elle décida alors d’avancer dans une direction au hasard. Soudain, son pied se retrouva suspendu dans le vide, et elle chuta le long d’une falaise en hurlant. Atterrissant sans douceur sur les fesses, la petite leva ses yeux pleins de larmes et vit la silhouette de Pasko loin au-dessus d’elle. L’animal aboya une fois, puis disparu. Effrayée, la gamine se releva tant bien que mal et, longeant la falaise en la touchant du bout des doigts, avança, dans l’espoir de trouver un endroit pour remonter.

Ce faisant, plus elle avançait plus elle pouvait percevoir un bruit lui rappelant les mines. Se disant que les mineurs l’aideraient peut-être, elle poursuivit dans cette direction. Le temps se calma légèrement, comme si les flancs de falaises protégeaient un peu la cuvette formée à cet endroit. Une ombre, puis une autre, et une troisième, quatrième…surgirent autour de l’enfant. Avant qu’elle n’ait pu prononcer un mot, un draguerre se dressa devant elle, menaçant. Sous le coup de la surprise, la petite ouvrit simplement la bouche en arrêtant d’avancer. Puis un long hurlement de terreur sortit de sa gorge, franchissant ses lèvres. Les yeux écartés de peur, elle tenta de s’enfuir, mais plusieurs petites mains la saisirent, la maintenant sur place, malgré le fait qu’elle se débattait comme une furie.

Pendant ce temps, Pasko couru aussi vite qu’il le pu dans la poudreuse, et surgit devant la mère et les deux autres garçons, au moment même ou le père et Mikaï arrivaient. Ne voyant pas leur fille avec le chien, et voyant l’animal bien agité, tout le monde se mit à appeler l’enfant. Tournant sur lui-même deux fois, Pasko repartit, la famille sur les talons. Il s’arrêta au bord de la falaise, indiquant de cette façon que la fillette était tombée.


     - Par tous les Esprits non…, pâlit la mère.
     - Tanja, hurla le père. Tanja tu m’entends ?
     - Chut. Vous entendez ? intervint Mikaï. On dirait…
     - Un hurlement ! Tanjaaaaaa !

Sans plus attendre, tout le monde descendit la falaise en se laissant glisser le long de la paroi. Même Pasko sauta à la suite. Une fois en bas, la tempête de neige amoindrie et la visibilité un peu plus clair, la famille aperçu l’enfant aux prises avec des draguerres. N’écoutant plus que leur envie de la secourir – et leur envie de faire mordre la poussière aux draguerres – tous se précipitèrent à la rencontre de leurs ennemis. La bataille fut sanglante, nombre de draguerres périrent mais…personne ne sembla avoir survécu. D’autres draguerres avaient surgi de toute part, prenant la famille en étau, leur surnombre les favorisant largement.

Un mouvement entre les flocons de neige. Pasko, dans un dernier effort, vint se placer sur Tanja, allongée au sol, grièvement blessée, pour la protéger du froid. Puis il s’éteignit à son tour dans un dernier soupir. Lentement, le silence reprit possession des lieux, la neige recouvrant la scène de ses flocons qui se teintèrent peu à peu de rouge.

Chapitre II :
Un cliquetis non loin de mes oreilles me fais reprendre connaissance, et c’est avec lenteur que j’ouvre les yeux. Il fait sombre, seul des lueurs orangées permettent d’y voir un peu. Mal. J’ai mal à la tête. Mais pas que. Mes bras, mes jambes. Tout mon corps en fait. Ma poitrine est douloureuse quand je respire, et ce avec difficulté. L’air est moite d’une chaleur étouffante, presque brûlante. Je tente de me redresser, grimaçant de douleur. Mais je suis arrêtée dans mon élan, par ce qui semble être…des chaînes. Pourquoi suis-je enchaînée ? Et où sui-je ? Que s’est-il passé ? Tout est flou dans mon esprit, mes souvenirs semblent lointains. Fatiguée, incapable de comprendre, je me rallonge, ferme les yeux et finis par me rendormir.

Des voix. Et une douleur dans le bras droit. Je sursaute, et pousse un cri. J’ouvre une seconde fois les yeux, un peu plus réveillée cette fois. D’étranges créatures se tiennent à mon chevet. Je ne sais pas ce qu’elles sont. Leur peau est…grise, mais je n’en suis pas sûre, la lumière est faible. Leur visage est occupé par de gros yeux, leur bouche est disproportionnée, leur menton plus ou moins pointu, et de grandes oreilles sont visibles de chaque côté de leur tête. Ah, et ces créatures sont petites, comme des enfants. Elles sont moches, et me font peur.

J’essaye à nouveau de bouger, mais les chaînes continuent à me retenir. Je gémis de douleur, tout mon corps me torture. Voyant que je suis réveillée, l’une des créatures me sourit et prévient un autre type. Je frissonne en voyant son sourire, mauvais et cruel. Quelques secondes après, une autre mocheté approche, tenant un tube avec une fine tige de métal. Un appareil de métal s’approche et pose ce qui ressemble à des mains sur mes épaules, me plaquant sur la pierre froide où je suis attachée. Je ressens une autre douleur, comme celle qui m’a réveillé, quand le type enfonce sa tige de métal dans la peau de mon ventre. Une brûlure atroce envahit mon corps, se répandant entièrement dedans, et je me cambre en hurlant, me débattant avec la force de mon faible corps d’enfant, le métal froid des chaînes pénétrant ma chair, accentuant la douleur que je ressens déjà. De douleur et de fatigue, je finis par m’évanouir, accueillant avec soulagement  l’inconscience.

Je suis de nouveau consciente, mais je n’ose pas ouvrir les yeux, je ne veux pas avoir de nouveau mal. Mais je sais que cela ne change rien. J’ai perdu le compte de ces piqûres et de la douleur qu’elles entrainent à chaque fois. Et à chaque fois, l’inconscience m’accueille dans sa douceur. J’en viens même à espérer ne plus me réveiller. Mais à chaque fois, je reviens à moi, et ça recommence. Pourquoi ? Que me veulent-ils ? Et qui sont-ils ?
Les larmes ne coulent plus, ma gorge me fait mal à force de crier et hurler sous leurs tortures. Cela fait maintenant…je ne sais pas, mais longtemps, que je crie, que je pleure, que je gémis. J’ai perdu la notion du temps. Et la douleur reste, elle refuse de partir.

Après une nouvelle prise de conscience, et après de nouveaux cris et hurlements, une de ces créatures me fait boire un liquide. J’essaye de le recracher, mais une partie coule dans ma gorge, me brûlant comme si je venais de boire des flammes. Un voile de douleur m’envahit, et je tends les mains vers mon cou, les doigts crispés. Si je n’avais pas eu les chaînes, je me serais sûrement arraché la gorge pour mettre fin à cette tourmente. Des étoiles viennent danser devant mes yeux, mes oreilles bourdonnent à cause de mes hurlements. Cela me semble durer des heures, des journées entières. Je me tortille sur la table de pierre, retenue par les entraves de métal. Je n’entends plus rien, je ne sens plus rien, à part ce feu qui dévore ma gorge. Petit à petit, sans que je ne m’en rende compte, ma voix s’éteint, ma bouche ouverte sur des hurlements silencieux. C’est la dernière fois que je hurle de façon audible.

Chapitre III :
Piqûre, douleur, cris silencieux. Piqûre, douleur, cris silencieux. Ceci est devenu mon quotidien, et je ne me débats même plus. Je suis résignée. Combien de temps s’est écoulé depuis la première fois ? Je ne saurais le dire, mais beaucoup. Je le sais car j’ai grandi. L’Enqueste, c’est ainsi que se nomme ces affreuses créatures – je le sais car j’ai entendu l’un d’eux prononcer ce nom – a dû me déplacer pour me mettre sur une table de pierre plus grande. Je porte toujours les vêtements que j’avais lors de mon réveil ici, bien que depuis le temps ils soient trop petits et ne couvrent plus grand-chose. Mes geôliers ne m’en donnent pas d’autres, à quoi bon, vu qu’ils ont besoin d’avoir accès à mon corps pour faire je ne sais quelles expériences. Quand vais-je enfin mourir ? Quand la mort va-t-elle me soulager de mes maux ?

J’ai essayé à plusieurs reprises de m’échapper, en vain. Leurs…golems me rattrapent toujours, quand ce ne sont pas les draguerres qui trainent dans les tunnels. Mes tentatives m’ont valu d’avoir des fers renforcés, plus lourds et plus solides. Et ils font davantage mal aussi, quand je me débats. Alors je ne le fais plus. Je me laisse faire, résignée, et je m’enferme dans ma bulle, dans mon cocon, dans mon esprit. Loin, profondément, là où leurs tortures ne m’atteignent pas.

Je les entends qui pénètrent dans ma prison. Je ne veux pas ouvrir les yeux, et je me prépare à m’enfoncer loin d’eux. Mais une voix inconnue m’en empêche, me fait rester aux limites de mon esprit. Une faible lueur d’espoir, qui était cachée quelque part dans ma tête, s’allume. Va-t-on me libérer ? Cette personne va-t-elle enfin mettre un terme à mes années de souffrances ? Je ne comprends pas tout ce qu’ils se racontent, leurs termes, malgré les années, ne me disant toujours rien. J’entends des mots comme « parler » « pensée » « sort » « lien » « expérience » « Reine et Logan ». Que racontent-ils donc ? Qui sont la Reine et Logan ? Que va-t-on encore me faire subir ? Résignée, je plonge au plus profond de moi-même, étouffant la dernière lueur d’espoir qui vivait encore.

Je me sens soudainement comme arrachée de mon cocon, et ramenée de force à la surface de mon esprit. Une douleur nouvelle, bien plus forte que les autres auxquelles je me suis habituée, envahit non pas mon corps mais ma tête. J’ai l’impression qu’elle va exploser. Je hurle, chose que je n’avais plus faite depuis longtemps, et je me débats à nouveau. Mais je ne perçois que le silence, aucun son ne franchit mes lèvres. Et plus aucun son ne les franchira, jamais. L’Enqueste, las de m’entendre hurler, m’a condamné au silence éternel. Ce feu qui m’a dévoré la gorge a détruit mes cordes vocales irrémédiablement. Je ne pourrais plus jamais parler. Chose ironique lorsque l’on se sait condamnée à ne plus revoir ni le jour extérieur, ni personne d’autres que ses geôliers et la lueur orangée des lieux.
La douleur s’estompe, avant de revenir à la charge. Je n’arrive pas à m’y habituer, pas encore. Et je ne parviens pas à m’enfoncer au plus profond de mon esprit. La douleur m’en empêche, elle me retient. Elle repousse même ma compagne l’inconscience, qui venait me chercher. Ce repos salvateur m’est refusé. Alors je hurle en silence et je me débats. Longtemps. Longtemps. Finalement, je finis par m’évanouir, épuisée. Mais sur une courte durée, car tout recommence. Encore et encore.

Un liquide froid me réveille en sursaut. Un golem vient de me vider une bassine sur le corps. Cela me fait du bien, apaise la chaleur qui me dévore. Un membre de l’Enqueste approche avec une seringue dont le tube est remplit d’un liquide d’une drôle de couleur. Différente des autres. J’essaye d’éloigner mon bras, en vain avec les chaînes, mais c’est un réflexe. J’ignorais qu’il m’en restait. Je ne sais pas pourquoi, mais un pressentiment me dit que le produit qu’il va m’injecter va changer quelque chose en moi. Mais je ne peux empêcher mon geôlier de planter l’aiguille dans la chair de mon bras. Ça pique toujours, mais moins qu’au début.

Je me crispe, m’attendant à un nouvelle vague de douleur, mais rien ne vient. Ni douleur, ni brûlure, ni soulagement. Je le regarde pour voir sa réaction, mais il n’en a pas, hormis un sourire satisfait. Puis il me passe une crème là où il m’a piqué. Je ne comprends pas pourquoi mais depuis un certain temps, ils font ça à chaque fois. Comme pour effacer toutes traces visibles de leurs actes. A quoi bon ? Je ne reverrai pas l’extérieur. Peu de temps après, l’inconnue arrive, accompagnée d’un autre type, et tous les deux comment à marmonner je-ne-sais-quoi. Je n’arrive pas à entendre leurs paroles, mais je vois leurs mains bouger en rythme, tandis que l’appréhension me tord l’estomac. Que font-ils ? De drôles de lueurs apparaissent autour de leurs doigts, avant de venir vers moi, sur moi, en moi. Et la douleur revient, tantôt froide, tantôt brûlante, envahissant ma tête. Un golem est obligé d’intervenir et de me maintenir la tête sur la table, car je commence à me la cogner pour faire taire la douleur. Et m’assommer au passage.

Chapitre IV :
Combien de temps, combien de fois. Je n’en sais rien. Plusieurs fois, longtemps. Ou pas. Je n’ai pas de notion réelle du temps qui passe. Toujours est-il que l’Enqueste ne semble pas satisfait des résultats de leurs expériences. Que cherchent-ils à faire avec ces sorts qu’ils me lancent et ces produits qu’ils m’injectent chaque jour ? C’est toujours la même chose : d’abord l’injection d’un produit dont la couleur varie, puis la venue de ces deux personnes qui baragouinent leur magie et la déverse sur moi. Survient ensuite la douleur dans la tête, quasi permanente et omniprésente désormais. Lentement, avec le temps, je commence à apprivoiser cette douleur, et je peux bientôt retourner dans mon abri mental. Cela ne semble pas leur plaire, car ils augmentent les doses et les fréquences. Je ne sais toujours pas ce qu’est leur objectif. Et je crois qu’au fond de moi, je m’en moque. Plus rien n’a d’importance.

Un ordre retentit dans le couloir, et je vois passer plusieurs petits monstres qui portent quelque chose. Non, quelqu’un. Enfin je crois. On dirait…un arbre, mais avec une forme humaine. C’est bizarre. La silhouette se débat faiblement, à bout de force. Ils l’emmènent dans la cellule à côté de la mienne. Puis mon geôlier arrive à mon chevet, une seringue à la main. Etrange, elle est vide. Ou alors le liquide est transparent. Je m’attends à une nouvelle injection, et à la dose de douleur qui vient avec. Je ferme les yeux et sens l’aiguille pénétrer ma chair. Puis une sensation étrange. Je regarde, et surprise, on ne m’injecte rien. Non, on prend. Je vois lentement un liquide pourpre foncé aller de mon bras à l’intérieur du tube. Serait-ce mon sang ? Non, il est rouge. Du moins il l’était, la dernière fois que je me suis blessée. A quand cela remonte-t-il ? Trop longtemps. Après tout, avec tout ce que l’Enqueste m’a injecté comme produits, mon sang a très bien pu changer de couleur. Je frissonne rien que d’y penser.

Une fois le tube plein, le monstre miniature s’en va, et je le vois se diriger vers la cellule voisine. Le golem qui me surveille le suit et je reste seule, intriguée. Ils ne vont quand même pas lui injecter mon sang ? Je me sens horrifiée rien qu’à la pensée que c’est peut-être du sang d’autres créatures que l’on m’a injecté depuis tout ce temps. Pas étonnant que mon propre sang ait changé de couleur.
J’entends l’autre cobaye se débattre, ses chaînes claquant contre la pierre. Il crie et hurle aussi. Je me doute que mon sang est en train de lui être injecté. Sinon, pourquoi hurler de la sorte ? Les petits êtres sortent, et discutent dans le couloir, semblant attendre quelque chose.  Alors que je songe à essayer de dormir pendant le peu de répit que j’ai, j’entends à nouveau mon voisin de cellule hurler, mais cette fois-ci, c’est différent. Je n’ai que le temps de voir l’Enqueste se précipiter à son chevet avant qu’une douleur fulgurante ne me vrille la tête. On ne m’a pourtant rien injecté cette fois-ci. J’ouvre la bouche sur un hurlement silencieux, et personne n’accoure dans ma cellule. Ils ne m’entendent pas. Je n’ai même pas la force de me tordre, la douleur paralysant mon corps.

Des flashs de lumière, des…images ? Pour la première fois, des images apparaissent dans ma tête. Je vois….des arbres, une forêt. Et mon voisin de cellule. Ainsi que d’autres êtres comme lui. Et au-dessus, une silhouette d’arbre féminine, de couleur claire, presque blanche. Elle semble triste, affligée par la douleur que subit l’autre. D’ailleurs, je l’entends crier dans ma tête. Je n’ai que le temps d’entendre les mots Sylvari et Asura avant de sombrer dans le néant.
Quand je reviens à moi, les geôliers se débarrassent du corps inerte de l’homme-arbre. Ils ne semblent pas du tout contents. Le mot Sylvari apparaît dans ma mémoire. Est-ce son nom ? Ou ce qu’il était ? Et l’autre mot, Asura, qui désigne-t-il ? Ces monstres à grandes oreilles ? Mais alors Enqueste, que signifie-t-il réellement ? Et que s’est-il passé ? Pourquoi ces images ? Est-ce mon sang qui a provoqué cela ? Tout cela est trop pour moi. Trop de questions et pas assez de réponses. Je m’assoupis, un tourbillon d’interrogation dans la tête.

Chapitre V :
Une clameur, devenant une rumeur qui enfle, enfle lentement. J’ouvre les yeux, me redressant sur mes coudes, pour voir ce qu’il se passe. Aujourd’hui, je n’aurai pas mal. Mes geôliers doivent se réunir quelque part dans le souterrain pour débattre de…de quelque chose qui semble important pour eux et leur charabia. Il n’y a pas de golem dans ma cellule. Après tout…personne ne semble pouvoir leur échapper.  Les murs tremblent légèrement, tout comme le sol. Un récipient tombe par terre, casse et répand son contenu sur la pierre qui compose le sol. Et les murs. Ma porte est ouverte, et je vois passer des draguerres armés. Ils se révoltent, une fois n’est pas coutume. Pourquoi continuent-ils ? Ils savent très bien qu’ils ne vont pas gagner. L’Enqueste gagne toujours.

Je m’apprête à me rallonger quand un sentiment que je pensais oublier surgit. La petite lueur d’espoir. Je croyais l’avoir éteinte. Lentement mais sûrement, des connections se font dans ma tête. Mes geôliers absents, aucun golem à me surveiller, la porte de ma cellule ouverte et une révolte suicidaire des draguerres. C’est peut-être ma porte de sortie. J’ignore où j’irai une fois dehors, si  j’y parviens. Mais partout ailleurs doit forcément être meilleur qu’ici. Je jette un coup d’œil à mes fers et réussis à faire passer mes mains et mes pieds au travers. Je dois pour le coup remercier l’Enqueste de mal me nourrir, car j’ai maigri, et pas qu’un peu.
J’ai du mal à tenir debout, mes jambes ne m’ont pas porté depuis…des années. Mais l’idée de pouvoir revoir la lumière du jour m’aide à avancer. Je finis par arriver à un tunnel. Où est la sortie ? Quelle direction prendre ? Après avoir hésitée, je prends la direction opposée à celle où se sont dirigés les draguerres. S’ils vont par là, ils viennent donc forcément de là-bas. Un fragment de souvenirs ressurgit dans ma mémoire. De la neige, et des draguerres partout dehors. Oui, ils viennent de l’extérieur, donc en prenant par là…

J’avance aussi vite que je peux, prenant appui au mur pour ne pas tomber. Si cela arrive, je doute pouvoir me relever. Et je n’ai pas envie de me retrouver à nouveau enchaînée. C’est long, et loin. J’ai l’impression de tourner en rond, de ne pas avancer. Tout se ressemble ici, et la chaleur moite et étouffante n’aide pas. Un bruit de cavalcade. Vite je dois me cacher. Là, un creux dans le mur. Je m’y blottie, me faisant toute petite afin de ne pas me faire remarquer. Un groupe de draguerres passe en courant, apportant avec lui un courant d’air frais. Attends…de l’air frais ? Serais-je enfin arrivée au bout du tunnel, à ma porte de sortie ? Portée par ce nouvel espoir, je reprends ma route, une fois la voie libre. Et en effet, peu de temps après, j’aperçois enfin la lumière au bout du tunnel, blanche, vive et éclatante. Arrivée à la sortie, ou l’entrée, selon d’où l’on vient, je prends une grande inspiration. Quel bien cela fait, depuis tant d’années à respirer l’air moite, lourd et viciée des profondeurs de la Faille !

Hésitante malgré tout, j’avance d’un premier pas, puis d’un second, un troisième. Je regarde autour de moi. Personne. Je poursuis donc ma route, essayant de repérer par où sortir de la Faille de la tribulation. J’entends soudain du bruit non loin. Effrayée à l’idée d’être de nouveau capturée, je me cache, et ne fais aucun bruit. Tremblante de peur, de fatigue et de froid, je finis par m’endormir.

Chapitre VI :
A mon réveil, il fait nuit, et aucun bruit ne vient troubler le silence. Lentement, je déplie mon corps ankylosé par le froid et la posture inconfortable dans laquelle je me suis assoupie. Je jette un œil au dehors, personne. J’en profite donc pour sortir de ma cachette, et je prends le chemin qui me semble mener hors d’ici. Je me hâte, craignant de me faire reprendre. Arrivée en haut de la pente, une étendue de neige à perte de vue. Quelle direction prendre ? Je veux rentrer chez moi, mais où est-ce ?
J’ai oublié. Cela fait trop longtemps que je suis partie. Mais ai-je encore un chez moi ? Ma famille est morte ce jour-là. Par ma faute. Si seulement j’avais écouté ma mère. Si seulement je  ne m’étais pas autant éloignée avec Pasko. Si…Je refoule les sanglots qui se coincent dans ma gorge. Ce n’est pas le moment de pleurer. Pas encore. Ne sachant où aller, je prends la direction de ce qui me semble être le nord. Je venais de par là, si je me rappelle bien. Mais je n’en suis pas sûre. Je verrai bien.


J’erre dans la neige et le froid. Mes pieds me brûlent au début, puis je ne ressens plus rien. Même le vent sur ma peau finit par me laisser indifférente. Parfois je trouve des buissons avec des petites boules. Je les mange. Et le regrette par moment. Je vomis, jusqu’à ce que mon estomac se soit débarrassé de ce que je lui ai donné. Alors je fais attention. Je mange la neige pour apaiser ma soif. C’est le plus facile, il y en a partout où se pose le regard. Je me cache pour dormir le jour et j’avance la nuit. Enfin, quand je dis que je dors, je devrais plutôt dire que je somnole. Le moindre bruit me réveille. Quand ce n’est pas ces cauchemars – représentant ma famille qui se fait tuer sous mes yeux – que  je fais depuis que je suis sortie.

Depuis combien de temps maintenant ? Je marche, les jours succédant aux nuits, qui succèdent à leur tour aux jours. J’avance encore, peu m’importe où, du moment que je m’éloigne de l’enfer de la Faille. Même mourir de froid me semble attirant. Très attirant. Mais il ne faut pas que les animaux sauvages trouvent mon corps et le mangent. Le souvenir du Sylvari reste vivace dans ma mémoire. Si les animaux me mangent, ils vont avoir mal. Alors je cherche en marchant un endroit où je pourrais mourir sans être découverte par les animaux. Une nuit, j’aperçois au loin des lueurs semblant danser dans le ciel. Qu’est-ce que c’est ? J’avance avec prudence, aux aguets. Ne voyant rien dans le noir, je décide de dormir, et de voir ça demain. J’y verrai plus clair en plein jour.

Des bruits de voix me réveillent en sursaut. Avant de comprendre ce qui se passe, je me sens soulevée de terre par des bras puissants. Je me débats en hurlant, sans qu’un seul son ne franchisse mes lèvres. Pitié non, pas à nouveau capturée. Je ne veux pas retourner en enfer. C’est ce que j’aurai voulu crier, mais non. Une voix tente de me calmer, douce et incitant à la confiance. J’arrête de me débattre et observe la personne qui me retient. Elle est grande, très grande, et large d’épaules. Et c’est un homme. Je me recroqueville sur moi-même, suspendue dans les airs. Voyant que je me suis calmée, l’homme m’installe plus confortablement dans ses bras et m’emmène avec lui, je ne sais où. En tout cas, il ne ressemble pas aux Asuras ou aux Sylvaris. Et sa tête me dit quelque chose, mais le souvenir est enfouit trop loin.

Après plusieurs minutes de marche, on arrive à un camp. D’autres personnes sont présentes, et arrêtent de faire ce qu’elles font quand elles nous voient arriver. L’homme qui me tient donne des ordres, et l’on s’affaire à faire chauffer de l’eau, à apporter des couvertures dans lesquelles on m’enveloppe. C’est si doux, si chaud. Une femme approche, un bol d’eau et un chiffon à la main. Elle me parle doucement, et me passe le chiffon humide et chaud sur le visage. Ça fait du bien. On m’apporte aussi une tasse contenant…un liquide chaud et fumant. Ça sent bon. On m’aide à le boire, car je n’ai pas assez de force pour le faire toute seule. La soupe coule agréablement dans ma gorge. C’est bon. Je vais pouvoir reprendre des forces. Même si tout le monde semble gentil, je reste sur mes gardes.

Une exclamation retentit à travers le camp, me faisant sursauter. Je vais pour bondir sur mes pieds pour m’enfuir, mais mon corps, épuisé, refuse de m’obéir. Alors je m’affole. Puis un nom traverse la brume de panique qui s’est emparée de mon esprit, pénétrant loin dans mes souvenirs. Tanja. Ce mot m’est familier. Il me concerne je crois. L’image fugace de mes parents m’appelant ainsi traverse ma mémoire. Serait-ce mon nom ? Qui est cet homme qui l’a prononcé et se précipite maintenant vers moi ? Tanja. Gansi. C’est ça ! Gansi, c’est son nom à lui. Un ami de la famille, on était venu le voir. Et c’est sur le chemin du retour, pour rentrer à la maison que…

Je sens quelque chose se briser en moi quand Gansi me prend dans ses bras. Comme un barrage qui cède face à la pression des eaux, les larmes jaillissent de mes yeux en un flot intarissable. Cela fait trop longtemps que je les retiens, que je me refuse à pleurer. Alors je pleure, blottie dans les bras de Gansi, qui pleure lui aussi. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi. Mais quand je me réveille, je suis allongée sur un matelas, une couverture montée jusqu’au menton, et un oreiller sous la tête. J’ai oublié le confort que cela apporte. Il ne faut pas que j’ouvre les yeux. Si je le fais, tout ceci va disparaître pour laisser place à la pierre froide et dure de ma cellule. Je rêve. C’est forcément un rêve, mon évasion a échoué, une fois de plus. Alors je ferme les yeux encore plus forts, pour que le rêve ne s’enfuit pas.

Je sens que l’on passe quelque chose de doux, chaud et humide sur mon visage. Et ça sent bon. Puis des voix me parviennent de l’extérieur. J’ouvre les yeux, et je vois un visage penché au-dessus de moi. Je commence à paniquer avant de me rappeler où je suis. J’ai réussi ! Je me suis évadée de l’enfer. Cette vérité chasser les derniers lambeaux de brumes qui encombrent encore mon esprit endormi. Je suis libre. Enfin, après tant d’années, je suis libre. Finit les séances de tortures, finit la douleur de leurs expériences. Je me rallonge, soupirant de soulagement. La femme qui s’occupe de moi me nettoie, sans que je proteste. Il est vrai que je ne dois pas être très propre, les seules…douches auxquelles j’avais le droit était celles de la bassine d’eau froide. Puis, une fois propre, elle m’aide à revêtir une tunique, un peu large. Je lis de la compassion sur son visage quand elle voit mon corps amaigrie, et légèrement marquée un peu partout.

Je reste plusieurs jours ici, mangeant comme si je n’avais pas mangé depuis des années. C’est presque le cas après tout. L’Enqueste ne me donnait que le minimum pour que je reste en vie. Je reprends lentement des forces, et du poids surtout. Gansi me parle pendant que je mange, ou le soir avant que je ne m’endorme, pour que mes souvenirs reviennent. Et il me raconte aussi ce qu’il a fait pendant toutes ces années. Sept ans. Je suis restée captive durant sept longues années. Ce qui me fait donc…dix ans. Cela me fait un choc. Sept ans c’est long, surtout quand on est réduit à l’état de rat de laboratoire.

Etonné que je ne prononce pas un mot, Gansi me fait examiner par l’un des Erudits du camp. Ce dernier, après avoir examiné ma gorge, fronce les sourcils. Il semble perplexe. Avec un soupir, je mime l’action d’écrire et l’on m’apporte papier et crayon. Alors je raconte rapidement avec mes mots ce que j’ai subi durant toutes ces années de captivité, et pourquoi je ne parle pas. En me lisant, la colère, la tristesse et la compassion passent sur le visage de Gansi. Les larmes aux yeux, il me serre contre lui. Puis il va brûler la feuille de mon histoire, comme si cela pouvait effacer ce que j’ai vécu. Je lui souris, le remerciant silencieusement de ne pas me montrer le moindre signe de pitié. Je ne pense pas que je l’aurai supporté. En regardant les flammes dévorer mes mots, je sens comme un poids partir de mes épaules. C’est psychologique je le sais, mais ça soulage quand même.

Chapitre VII :
Après avoir passé un mois à reprendre des forces au camp, Gansi m’annonce qu’il va me ramener à Hoelbrak. Là-bas, on pourra davantage prendre soin de moi. Et puis c’est plus sûr qu’ici. On prend donc la route au petit matin direction la grande cité des norns. J’ai beau avoir repris du poids, je n’en reste pas moins affaiblie, ce qui nous ralentit. On finit quand même par y arriver en milieu de journée. Sans prendre le temps de répondre aux salutations des habitants qui le reconnaissent ou qui me dévisagent en murmurant, Gansi me conduit au Sanctuaire de la Panthère des neiges. Arrivé là-bas, on nous installe près d’un brasero pour se réchauffer tandis que Valharantha, l’oratrice de la Panthère des neiges, est avertie de notre venue.

Gansi s’éloigne un peu avec elle, lui expliquant la situation. La Panthère étant l’Esprit de ma famille, c’est tout naturellement qu’il m’a conduite ici. Je ne sais pas déchiffrer l’expression qui passe sur le visage de Valharantha au fur et à mesure qu’il lui explique mon histoire, mais elle semble très touchée. Après un dernier hochement de tête, Gansi vient me serrer dans ses bras, m’annonçant qu’il doit repartir. Je comprends, son travail d’explorateur ne peut pas attendre. Je lui souris donc, puis je vais rejoindre  celle qui s’occupera de moi.

Valharantha est gentille. Elle prend bien soin de moi, et grâce à elle ainsi qu’autres autres personnes du sanctuaire, je me retape doucement. On examine ma gorge pour voir si tout a bien cicatrisé, on soigne les blessures que j’ai subies à la Faille, et on atténue les cicatrices que cela me laisse. Je reprends aussi du muscle, et bientôt, je peux courir sans trébucher. Des recherches son faites pour savoir s’il me reste de la famille, mais non. D’ailleurs, malgré les années qui ont passé, des funérailles sont célébrées en leur mémoire. Je pleure longtemps, de chagrin, de douleur et de culpabilité. Valharantha a beau m’expliquer que je n’y suis pour rien, cela n’apaise en rien ce que je ressens. Je suis coupable de leur mort, un point c’est tout. Je n’ai qu’à apprendre à vivre avec ce poids sur la conscience, jusqu’à être capable de l’enfouir dans un coin de ma tête.

Le temps passe, lentement mais sûrement. Je m’initie à la Panthère des neiges, l’Esprit de ma famille. Il paraît que j’ai en moi la capacité de prendre son apparence, mais il s’avère que j’en suis incapable. Je bloque. Il y a trop de monde ici. Je sursaute encore quand quelqu’un s’approche de moi, ou veut me toucher. Plus ça va, plus je me renferme sur moi, m’isolant des autres enfants de mon âge. En même temps, il m’est difficile de communiquer avec le monde extérieur, je ne peux parler. Et puis bon, je ne vais pas me promener sans arrêt avec un papier et un crayon. J’ai perdu l’insouciance des enfants de mon âge, et cela se remarque parfois à mon comportement. Je deviens trop farouche. Surtout pour vivre dans une cité remplie d’autres personnes.

Voyant cela, Valharantha fait venir une autre personne, une chamane. Velja qu’elle s’appelle. J’apprends du coup que c’est à elle que je vais désormais être confiée. Elle vit au Cœur de la Panthère des neiges, au sud ouest du Contrefort des Voyageurs. C’est assez isolé de la population, aussi ne serais-je pas trop en contact avec d’autres personnes. C’est peut-être mieux ainsi. J’ai réussi à vivre une année entière à Hoelbrak, mais je doute sur que je sois capable de plus. Mieux vaut que je parte avec Velja. Le lendemain, je prends la route en sa compagnie, destination ma nouvelle maison.

Chapitre VIII :

C’est tellement paisible ici. La fréquence des passages des autres habitants est rare, ce qui fait que je peux respirer. Il n’y a que Velja, un autre chaman et une apprentie ici. Et bien sûr, des panthères et leurs petits. Ils sont tellement adorables ! Je passe beaucoup de temps à jouer avec eux, à m’en occuper. Pendant son temps libre, Velja m’initie davantage à la Panthère. Elle m’apprend à avoir confiance en moi, et à moins craindre les autres. Ce n’est pas chose facile, mais elle est tenace, la chamane.

Ce matin, Velja m’explique comment devenir une panthère. Ça n’a pas l’air bien dur, mais comme avec Valharantha, je bloque. Je ne comprends pas. Alors pour m’aider, mon mentor prépare une décoction devant moi. Il faut que je l’inhale, pour entrer en transe. Me voyant méfiante, Velja le respire en premier, me montrant comment faire. Voyant que cela ne lui provoque aucune douleur, je l’imite. A peine ai-je senti l’odeur de plantes et de sèves que j’ai l’impression de tomber dans un puits sans fond.

Je finir par atterrir sur les pieds, et je vois Velja en compagnie de…la Panthère des neiges. Enfin son esprit. Ce dernier s’avance vers moi en souriant, et je me sens comme apaisée, tous soucis envolés. Doucement, la Panthère me prend dans ses bras, et dépose un baiser sur mon front. Alors je sens un déclic dans ma tête, et mon corps commence à se modifier. Lentement, je prends l’apparence d’une panthère. Puis l’instant d’après, je me retrouve à nouveau assise dans l’herbe devant la décoction en compagnie de Velja et des bébés panthères qui courent partout.
Depuis cette…vision, j’arrive à me transformer. Au premier abord étrange et déconcertant, je me prends à apprécier de plus en plus cette forme. On voit la vie sous un angle différent, plein de joie, de jeux et d’insouciance. Et plus le temps passe, plus je reste sous cette forme. La vie me semble moins compliquée, moins…douloureuse. En tant que panthère, je passe mon temps à jouer avec les petits, à chasser avec eux, à les protéger. Je n’empiète pas sur l’éducation de leurs parents, loin de là. Mais j’apporte mon aide.


Je finis par ne reprendre mon apparence normale que quand c’est nécessaire, comme pour les leçons de Velja. Et quand je dors aussi. J’ai remarqué ça un soir. Je me suis endormie sous ma forme de panthère, et, réveillée par un bruit, je me suis rendue compte que j’avais repris ma forme humaine. Il m’a alors fallu méditer pendant une heure pour redevenir une panthère. Mais au petit jour, à mon réveil, j’étais de nouveau humaine. J’ai donc compris que le sommeil ôte ma transformation. Et puis, c’est plus facile de communiquer avec mon mentor sous cette forme, car elle connaît les animaux et leur langage.

Chapitre IX :
Je ne parle jamais à Velja de ce que j’ai vécu durant ma captivité, malgré les questions qu’elle me pose. J’aimerai bien, mais je ne peux pas. Malgré les années qui se sont écoulées depuis ma libération, c’est encore trop tôt. Je n’y arrive pas. Ce n’est pas faute d’essayer, mais non. Les seuls choses qu’elle peut voir, ce sont les cicatrices que j’ai sur le corps. Malheureusement, elles se voient également sur mon pelage.
J’aide Velja à préparer une soupe. Sauf que le couteau me glisse des doigts, et je m’entaille. Je retire vivement ma main, pour que mon sang ne coule pas dans le liquide. Cela me semble correct, et Velja m’aide à soigner la petite coupure. Le peu que j’ai pu voir de mon sang, il n’a pas repris sa couleur naturelle. Il est toujours aussi pourpre, avec des nuances de noir. Je ne m’étais donc pas trompée la première fois. Une fois le potage finit, Velja le goûte pour voir si l’assaisonnement convient. Puis elle repose le bol, satisfaite. Je soupire, tout à l’air normal.


J’ai à peine le temps de me lever que je vois Velja se plier en deux en criant. Puis c’est à mon tour de m’affaler, mes jambes cédant sous moi. Par tous les Esprits, j’avais oublié cette douleur. Je hurle, Velja répondant en échos à mes cris silencieux. Puis vient les flashs, et les images. Je vois Velja, et elle…elle me voit, allongée sur la dalle de pierre froide, subissant les expérimentations de l’Enqueste. Ce sont des souvenirs qui me sont revenus sous la douleur. J’entends les cris de mon mentor dans ma tête, et elle semble entendre les miens dans la sienne. J’ai à peine le temps de penser à désolée, que je m’évanouis.

Je reviens à moi en fin de journée. Velja est assise à mes côtés, et me surveille. Je la vois sourire tristement, quand j’ouvre les yeux. Elle me rassure en me disant que je n’ai pas à m’excuser, que ce n’est pas ma faute. Je comprends alors qu’elle m’a entendu, et qu’elle a réellement vu. Le lien a donc été recréé. Je me redresse en gémissant en mon fort intérieur, le corps endolori. Je me prends à penser qu’il va falloir refaire la soupe, et j’entends Velja me répondre que la soupe a été jetée puis refaite durant mon inconscience. Je la regarde, les yeux grands ouverts. Elle m’a entendu ? Confirmation par un hochement de tête. J’en reste sur les fesses d’étonnement. L’Enqueste aurait donc réussi leur expérience, sans le savoir ? Quelle ironie pour eux. Et heureusement que je me suis enfuie.

Après le repas, je reprends ma forme de panthère, et tente à nouveau de parler à Velja. Ça fonctionne. Ravie de pouvoir de nouveau parler après toutes ces années de silence, je demande à mon mentor pourquoi l’Enqueste a parlé d’une Reine et d’un certain Logan. Elle m’explique donc qui ils sont, et le lien mental que la Reine a créé avec ce dernier. Je vois. C‘était donc le but de l’Enqueste. Ils ont réussi sans le savoir. Et mon sang est la clé pour forger le lien. Mais dans quelle douleur ! Soudain je panique à l’idée que cette…découverte soit apprise par de mauvaises personnes. Velja, ainsi que les deux autres, promettent d’emporter ce secret dans leur tombe. Je les remercie. Je frémis à l’idée que l’Enqueste l’apprenne et remette la main sur moi. Ou n’importe qui d’autres d’ailleurs.

Prologue :
Plus le temps passe, et plus je commence à m’identifier à une panthère, une vraie. J’ai maintenant dix-sept ans, et mon passé est désormais enfoui dans ma mémoire, quelque part, loin de la surface. Je supporte un peu plus la présence d’autres êtres humains, mais si je peux m’en passer, je n’hésite pas. Je m’éloigne fréquemment de mon lieu de vie, explorant et ne rentrant que plusieurs jours après. Au début, Velja s’inquiétait, mais elle s’y est vite habituée. Après tout, j’ai grandi, je ne suis plus une enfant. Plus tout à fait.

Durant deux ans, je pousse mon exploration de plus en plus loin, laissant la curiosité féline prendre le dessus, tout en restant prudente. Enfin, la majeure partie du temps. Il m’arrive d’emprunter de la nourriture, quand j’ai faim. Je fais en sorte de ne pas me faire prendre, et quand c’est le cas…bah on me libère. Après tout, je suis une panthère, l’incarnation d’un des esprits norns. Je n’ai jamais quitté les contrées de mon peuple. Mais j’en ai parfois l’envie.
Lors de mes dix-neuf ans, je fais mentalement part à Velja de mon envie d’explorer plus avant le monde. Les cours qu’elle m’a donnés durant mon éducation ont attisé ma curiosité. Je n’ai jamais eu la chance, étant enfant, de pouvoir voir de mes propres yeux le vaste monde de la Tyrie. Je n’en connais les détails que par les histoires orales et les leçons. Du coup, j’ai envie de partir, seule. Mon mentor, ma deuxième maman, me comprend. Même si je peux lire la tristesse dans son regard, elle me laisse partir. J’ai moi aussi le cœur gros, mais il est temps pour moi de m’en aller, d’enfin vivre ma vie.


Au début, c’est facile. Je connais le coin. Je sais où avoir de la nourriture, où je peux dormir à l’abri des regards. Il n’y a que des petits hameaux, des campements tout simples. Puis ça commence à se corser. Je ne connais pas ces régions sans neige, où l’herbe règne en maître. Tout est vert, ou presque. Les arbres sont  feuillus, le soleil réchauffe l’air, il fait donc plus doux. Et l’eau est assez chaude. Ça change de mes régions montagneuses.
Ici, les campements se sont changés en camps fortifiés, les villages en petites villes. Il y a aussi beaucoup plus d’habitants qui circulent. Ca en devient difficile de les éviter. Je réussis toujours à dormir cachée, mais pour combien de temps encore ? Plus j’avance, plus je me rends compte que je fais tâche dans le décor. Mon pelage blanc tacheté ne se fond pas bien dans la masse verte du paysage. J’arrive près d’immenses portes, encastrées dans un mur rond. C’est haut, très haut. Ça doit être la grande ville des humains dont m’a parlé Velja.


Je rôde aux alentours, cherchant à savoir si je pénètre dans la ville pour la découvrir ou non. Et si oui, sous quelle forme je le fais. En attendant de prendre une décision, je cherche un endroit où me nourrir et où dormir tranquillement. J’attire les regards, mais qu’importe ! Je suis portée par la curiosité de ces découvertes, et l’ivresse de vivre ma propre vie, enfin. Mais surtout, c’est le sentiment de liberté qui me transporte. Libre, je suis libre.


Dernière édition par Tanja Patte Blanche le Mar 22 Mar - 17:51, édité 1 fois
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Re: Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

Message par Elven Yerold le Ven 11 Mar - 13:24

Je ne suis pas un expert mais je trouve ton récit très bien écrit.
C'est prenant, on ressent une certaine angoisse en lisant l'histoire de ton personnage.
C'est très sombre mais agréable à lire Smile

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Re: Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

Message par Patte de Cerf le Ven 11 Mar - 17:24

Je n'ai pas encore tout lu, mais c'est très intéressant et bien écrit. Ne t'inquiète pas pour ce qui est de la cohérence par rapport à certains, c'est ton récit et tu es libre d'écrire ce qui te plaît selon moi Wink

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Re: Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

Message par Bjornulf le Mar 22 Mar - 17:27

Youhou! j'ai fini de lire ton récit. Smile

Comme je l'ai dit sur mumuble, tu as une super plume, ça ne donne pas envie de mettre nos histoire de peur que se soit trop "bateau" pour ceux qui lirons ton récits avant le notre! ^^

Mais je vais pitêtre remettre la mienne, après quelques modification.

Petite remarque sur ton histoire par rapport à tes cicatrices qui ne se voient pas sous le pelage!
Je suis désolée de te dire ça, mais une cicatrice sur un animal, surtout sur les félins, se voit. Il n'y a pas de poils qui pousse sur les cicatrices. :-D

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Re: Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

Message par Tanja Patte Blanche le Mar 22 Mar - 17:52

Bjornulf a écrit:Youhou! j'ai fini de lire ton récit. Smile

Comme je l'ai dit sur mumuble, tu as une super plume, ça ne donne pas envie de mettre nos histoire de peur que se soit trop "bateau" pour ceux qui lirons ton récits avant le notre! ^^

Mais je vais pitêtre remettre la mienne, après quelques modification.

Petite remarque sur ton histoire par rapport à tes cicatrices qui ne se voient pas sous le pelage!
Je suis désolée de te dire ça, mais une cicatrice sur un animal, surtout sur les félins, se voit. Il n'y a pas de poils qui pousse sur les cicatrices. :-D

Ahah ! Merci Bjorn Smile
Mais faut pas hésiter, il y aura toujours une personne qui écrira mieux que moi Wink
J'ai modifié par rapport au pelage :p
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Re: Tanja Patte Blanche, une enfance brisée

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